Non, le traitement antirétroviral ne guérit pas définitivement le VIH/SIDA

Le avril 11, 2023
par Centrafrique Check
Lutte contre la désinformation

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Depuis quelque temps, une rumeur gagne du terrain, se propageant de bouche à oreille et laissant croire à une idée fausse : les traitements antirétroviraux (ARV) permettraient de guérir définitivement le VIH/SIDA. Ceci est une fausse information, dont il faut se méfier.

Cette croyance, largement relayée dans certaines communautés, alimente des espoirs infondés et peut conduire à des comportements dangereux. Cependant, d’après des spécialistes de santé et des personnes directement concernées, il s’agit d’une information erronée qu’il est important de corriger pour éviter la désinformation.

Vérification :

Pour clarifier cette question, l’AFC a interrogé plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Le docteur Ouambita-Mabo Roch, conseiller en santé publique auprès du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), a formellement démenti cette rumeur :

« Dire que quelqu’un peut être guéri du VIH/SIDA après une prise prolongée d’ARV est une affirmation totalement fausse. Une fois que le virus est présent dans l’organisme, il s’intègre au sang et aux cellules, et il ne disparaît pas, même si la personne suit correctement son traitement pendant douze mois. Ce que permettent les ARV, c’est de prévenir les maladies opportunistes, de limiter les handicaps liés au VIH et surtout de sauver des vies. Mais en aucun cas, il ne s’agit d’un remède définitif. »

La docteure Amity Tatiana, responsable du centre de santé de Boy-Rabe, a abondé dans le même sens, confirmant que le rôle des ARV est souvent mal compris :

« Non, les antirétroviraux ne guérissent pas le VIH/SIDA. En revanche, ce sont des médicaments essentiels, prescrits pour réduire la multiplication du virus dans l’organisme. Ils permettent de stabiliser l’état de santé du patient, de renforcer son système immunitaire et de réduire considérablement le risque de transmission. Mais il faut insister : le virus n’est pas éradiqué. »

Du côté de la société civile, Abel Gueret-Mayanga, président de l’Association centrafricaine des Doigts Verts victimes du VIH (ACADVS), a également pris la parole pour alerter ses pairs :

« Les ARV ne guérissent pas définitivement le VIH. À ce jour, les scientifiques, malgré des avancées remarquables, n’ont pas encore trouvé de traitement qui puisse éliminer complètement ce virus du corps humain. Les ARV constituent actuellement la meilleure option disponible : ils bloquent la multiplication du virus dans le sang, réduisent sa charge virale jusqu’à un niveau parfois indétectable, et prolongent significativement l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH. Mais il faut rester vigilant et ne pas se laisser tromper par de fausses promesses. »

Ce que dit la science et les institutions internationales

Selon l’ONUSIDA, l’organisme des Nations unies chargé de la coordination de la lutte mondiale contre le VIH/SIDA :

« Le traitement antirétroviral combiné empêche le VIH de se multiplier et peut rendre la charge virale indétectable dans le sang. Cela permet au système immunitaire du patient de récupérer progressivement, de lutter efficacement contre les infections et d’éviter la progression vers le SIDA, avec toutes les complications graves que cela implique. »

En d’autres termes, les ARV transforment aujourd’hui le VIH, qui fut jadis une condamnation à mort rapide, en une maladie chronique gérable. Toutefois, si ces médicaments améliorent de manière spectaculaire la qualité de vie des personnes infectées et rapprochent leur espérance de vie de celle des personnes séronégatives, ils ne constituent pas une solution définitive. Le virus reste présent dans certaines cellules du corps, ce qui explique pourquoi l’arrêt du traitement entraîne généralement une reprise de la réplication virale.

Pourquoi la vigilance est nécessaire

L’un des dangers de cette rumeur est qu’elle peut pousser certaines personnes à interrompre prématurément leur traitement, croyant être guéries. Une telle décision aurait des conséquences dramatiques : le virus recommencerait à se multiplier rapidement, affaiblissant le système immunitaire et augmentant le risque de transmission à d’autres personnes. C’est pourquoi les experts insistent sur l’importance de la sensibilisation et de la communication claire auprès du grand public.

Aujourd’hui, grâce aux antirétroviraux, une personne vivant avec le VIH qui commence son traitement à temps peut espérer vivre aussi longtemps qu’une personne séronégative de son âge. Elle peut travailler, fonder une famille, et mener une vie socialement et professionnellement épanouissante. Cependant, cette réalité ne doit pas être confondue avec une guérison : il s’agit d’un contrôle médical du virus, et non de son élimination.

Conclusion

Les preuves scientifiques sont claires et concordantes : les antirétroviraux ne guérissent pas le VIH/SIDA. Ils constituent un traitement efficace qui freine la réplication du virus, renforce les défenses immunitaires et réduit la mortalité liée à l’infection. Mais tant qu’un véritable remède n’aura pas été découvert, les personnes vivant avec le VIH doivent poursuivre leur traitement sans interruption et rester vigilantes face aux rumeurs.

En résumé, le VIH reste une maladie chronique incurable, mais parfaitement contrôlable grâce aux avancées médicales. Le rôle des ARV est essentiel : ils sauvent des vies, mais ils ne guérissent pas.