Méfiez-vous de la fausse offre d’investissement en ligne

Le septembre 18, 2025
par Centrafrique Check

Dans une publication datée du 15 août 2025, la page « Trading franco Afrique » se présente comme une entreprise française partenaire de la République centrafricaine, offrant des opportunités d’investissement pour faciliter la rentrée scolaire. Le message vante : « Assurez une rentrée scolaire sans souci, contactez-nous dès maintenant par WhatsApp »

Pour appuyer ce discours, l’affiche montre une photo des présidents Faustin-Archange Touadéra et Emmanuel Macron se serrant la main, laissant croire à un partenariat officiel. Elle affiche également une grille tarifaire d’« investissements », assortie d’un lien frauduleux et d’un numéro WhatsApp destiné à piéger les internautes.

Vérification: 

Afin de démêler le vrai du faux, nous avons pris contact via Messenger avec un compte prétendant représenter une société française spécialisée dans les investissements en ligne en Afrique. Rapidement, il est apparu que ce dispositif était une opération frauduleuse soigneusement organisée, dont le seul but était de piéger les internautes.

Le profil en question affirmait collaborer avec plusieurs pays africains, une stratégie visant à instaurer un climat de confiance auprès des personnes ciblées. Mais derrière ce discours séduisant, aucune preuve ni garantie n’était apportée. L’interlocuteur cherchait simplement à recueillir des informations sensibles telles que le nom, le numéro de téléphone, la ville, le mode de paiement choisi et surtout le montant de l’investissement envisagé. Cette collecte avait un objectif unique : escroquer et manipuler les internautes.

Aucune donnée légale ni lien officiel ne permettait de confirmer l’existence réelle de l’entreprise. Pire encore, le langage utilisé était truffé de fautes et manquait de professionnalisme, renforçant l’impression d’une supercherie. L’absence totale de transparence montrait clairement qu’il ne s’agissait pas d’une société sérieuse, mais bien d’une tentative d’arnaque orchestrée par un réseau frauduleux. Ce type de procédé n’est pas nouveau : dès 2022, des escroqueries similaires avaient déjà été signalées sur les réseaux sociaux, et elles continuent de se multiplier aujourd’hui.

Il est donc crucial d’adopter une vigilance constante : toujours vérifier les sources, rechercher des preuves tangibles et ne jamais partager ses informations personnelles avec des inconnus sur internet.

Nous avons mené une enquête approfondie avec le soutien du Guichet unique des entreprises du Ministère des petites et moyennes entreprises (PME) en République centrafricaine, de l’ambassade de France à Bangui et d’un expert en cybersécurité. Leurs conclusions ont été claires : le compte examiné était fictif et redirigeait vers un lien malveillant.

L’ambassade de France à Bangui a également été sollicitée dans le cadre de cette enquête. Son service de communication a répondu sans ambiguïté : « Nous ne connaissons pas cette entreprise. Aucune information à son sujet n’est confirmée. Elle n’est pas enregistrée auprès de nos services. » L’ambassade a rappelé que l’État français ne garantit jamais les activités de sociétés privées, sauf dans le cadre de partenariats spécifiques et stratégiques, ce qui n’est pas le cas ici. Elle a ajouté que les investisseurs devaient être extrêmement prudents et toujours vérifier l’authenticité d’une entreprise, notamment en contrôlant son numéro SIRET et sa dénomination sociale avant toute signature de contrat.

Unique Ngana, responsable des bases de données au Guichet unique, ainsi que le directeur général Aubin Gbangolo, ont confirmé la nature mensongère et frauduleuse de cette prétendue entreprise. Ils ont précisé :

  • « Cette société n’apparaît dans aucun registre officiel. Elle n’a noué aucun partenariat avec la République centrafricaine et aucune de ses activités n’est reconnue par le Guichet unique. La légitimité d’une entreprise repose sur son enregistrement auprès de la Chambre de commerce et le respect des procédures administratives prévues par la loi. »

Ils ont rappelé qu’une société sérieuse doit disposer d’un dossier fiscal, d’un NIU (Numéro d’Identification Unique) et suivre l’ensemble des démarches exigées pour être reconnue légalement. Ils ont également mis en garde contre les structures éphémères : certaines obtiennent une reconnaissance officielle temporaire, ouvrent un bureau et disparaissent ensuite rapidement, comme ce fut le cas pour « Clé du succès ». Leur conseil est clair : avant tout investissement, il faut impérativement vérifier l’existence légale d’une entreprise auprès du Guichet unique.

De son côté, l’expert en cybersécurité Morez Wandet a expliqué, lors d’un entretien le 25 août 2025, les méthodes permettant de détecter les faux comptes et les pages frauduleuses. Selon lui, plusieurs indices ne trompent pas :

  • Le nom du site ne correspond pas à celui de l’entreprise annoncée (« Trading Franco-Afrique »).
  • Une société de trading fiable devrait posséder une page Facebook vérifiée, ce qui n’était pas le cas.
  • Aucune adresse physique n’était mentionnée, et la page en question restait inactive.

Il a ajouté qu’une entreprise en ligne légitime se distingue par un site internet sécurisé (protocole https), une présence officielle et certifiée sur les réseaux sociaux, une adresse physique clairement affichée et des moyens de paiement reconnus. Dans le cadre de transactions entre la République centrafricaine et la France, par exemple, l’utilisation de services locaux tels que le mobile money devrait être proposée, afin de garantir une traçabilité et un cadre juridique en cas de litige.

Verdict:
L’annonce diffusée le 15 août 2025 sur Facebook, qui promettait « une rentrée scolaire sans souci » via WhatsApp, est bel et bien une escroquerie. Le Guichet unique, l’ambassade de France et un expert en cybersécurité s’accordent à dire que ce dispositif frauduleux représente un danger pour les citoyens centrafricains. Il s’agit d’une nouvelle illustration de réseaux criminels exploitant la crédulité des internautes pour les piéger et les dépouiller.

Par Jimmy Lakola