À quelques jours des élections groupées prévues pour le 28 décembre 2025, la page Facebook intitulée « Rosca-GD » a diffusé une publication affirmant que le scrutin serait annulé à Zémio. Selon le récit publié, l’ANE aurait exclu la ville du processus électoral. Le message évoque notamment une prétendue stratégie d’exclusion, accusant certaines autorités de provoquer délibérément des conflits, de chasser les populations et de créer un vide afin d’installer d’autres groupes soutenus par des intérêts administratifs, militaires ou financiers. La publication conclut en affirmant qu’aucune élection ne se tiendrait dans l’ancien sultanat de Zémio.

Cependant, ces affirmations ne reposent sur aucun élément vérifié et ont été formellement démenties par les instances compétentes. Cette information s’est rapidement propagée, suscitant des doutes et des inquiétudes chez de nombreux citoyens. Des rumeurs ont largement circulé au sein de la population, renforçant cette perception erronée. La publication en question a contribué à entretenir et à amplifier ces fausses croyances. Selon les autorités locales de Zémio et l’Autorité nationale des élections (ANE), il s’agit d’une campagne de désinformation visant à tromper et à manipuler l’opinion publique.
Vérification:
Zitongo Bodeman Jimmy Antony, porte-parole de l’Autorité nationale des élections (ANE), a confirmé à Centrafrique Check que le scrutin s’est effectivement déroulé dans la majorité des bureaux de vote de la ville de Zémio.
« À Zémio, 17 bureaux de vote sur 25 ont été opérationnels. Seuls huit n’ont pas pu ouvrir en raison de l’insécurité. Les élections ont donc bel et bien eu lieu et tous les centres fonctionnels ont opéré sous la supervision de l’ANE », a-t-il précisé.
L’Autorité nationale des élections (ANE) a publié, le 12 décembre, un communiqué officiel sur ses différentes plateformes afin de démentir les informations faisant état de la non-organisation des élections dans la ville de Zémio. Ce document, consultable notamment sur la page Facebook de l’institution, vise à rétablir la vérité face à la propagation de rumeurs jugées infondées.
L’ANE y précise notamment :
« L’Autorité nationale des élections constate avec regret la circulation de rumeurs infondées prétendant que la ville de Zémio ne serait pas prise en compte dans le processus électoral. L’ANE tient à démentir formellement ces allégations, qui sont fausses, sans fondement et de nature à induire l’opinion publique en erreur. »
Joint par téléphone par Centrafrique Check le dimanche 28 décembre 2025, en plein déroulement des élections groupées, Léonard Mbele, préfet du Haut-Mbomou, a catégoriquement démenti l’information faisant état de la non-tenue du scrutin à Zémio.
« Il s’agit uniquement de rumeurs. Je me trouve actuellement dans le Haut-Mbomou, plus précisément à Zémio. Le Haut-Mbomou compte cinq sous-préfectures : Obo, Zémio, Mboki, Bambouti et Nguema. Parmi ces cinq sous-préfectures, seule celle de Bambouti a connu un incident et n’a pas pu organiser les élections », a-t-il déclaré.
Il poursuit : « Concernant les autres sous-préfectures, notamment Zémio, tout était prêt depuis vendredi précédent et les cartes d’électeurs étaient disponibles. Aujourd’hui, les citoyens ont participé massivement au vote avec enthousiasme ».
Léonard Mbele a enfin précisé qu’« au moment de notre échange, les opérations de dépouillement étaient en cours », confirmant ainsi le bon déroulement des élections groupées dans la localité de Zémio.
De son côté, Noël Honorat Bit-Said, résident de Zémio joint ce dimanche 28 décembre, a également démenti les informations affirmant qu’aucun vote n’aurait eu lieu dans la localité.
« Ces allégations sont inexactes. Ce matin, les élections se sont effectivement tenues. Le scrutin a commencé à 6 h 30 et s’est achevé vers 15 h 45. La population s’est rendue massivement aux bureaux de vote. Le dépouillement a déjà débuté et sera achevé dans la nuit », a-t-il indiqué.
Il a toutefois précisé que « des tirs ont été entendus durant la nuit pour annoncer l’entrée en vigueur du couvre-feu, la fin de la campagne électorale et la fermeture des frontières ».
Un autre habitant de Zémio, Paterne Kpiombourani, a confirmé cette version des faits :
« Ces allégations sont totalement fausses puisque nous avons effectivement voté ce matin. La situation à Zémio est calme, rien d’inquiétant n’est à signaler et tout est parfaitement stable. »
Le contexte sécuritaire dans la préfecture du Haut-Mbomou, notamment à Zémio et ses villages environnants, reste préoccupant à quelques jours des scrutins quadruplés. Cette région est en proie à des attaques répétées de groupes armés, entraînant une instabilité persistante. Depuis le 26, de nombreux actes de violence ont été recensés, incluant agressions, enlèvements et menaces. Parmi les récentes victimes figurent trois personnes, dont deux jeunes, tuées alors que les élections approchent. La milice Azande Ani Kpi Gbé (AAKG) aurait joué un rôle important dans ces exactions, malgré le déploiement des forces de la MINUSCA.
Le 15 décembre, Valentine Rugwabiza, représentante du Secrétaire général des Nations Unies pour la République centrafricaine, a condamné une attaque violente menée par des éléments présumés de la milice AAKG contre un convoi des forces onusiennes. L’agression a eu lieu à 22 km de Zemio-Mboki et a causé des blessures à deux casques bleus, qui ont ensuite été transférés à Bangui pour des soins médicaux. Cette montée des tensions sécuritaires coïncide avec les rumeurs et désinformations entourant l’organisation des quatre scrutins simultanés du 28 décembre dernier.
À la suite des élections locales du 28 décembre 2025, les réseaux sociaux ont été envahis par une vague de contenus non vérifiés, allégations infondées et vidéos choquantes. Parmi ces éléments, une vidéo largement partagée sur WhatsApp montre prétendument des agents de l’Autorité nationale des élections assassinés par des habitants à Zémio. Cette vidéo déroutante paraît manipulée hors de son contexte initial.
Verdict
Contrairement aux rumeurs affirmant que Zémio serait exclue du processus électoral, cette information a été jugée infondée et erronée. L’Autorité Nationale des Élections a confirmé que les scrutins ont bien eu lieu dans cette localité malgré les turbulences sécuritaires et les activités de la milice AAKG. Des témoignages d’habitants ayant participé au vote attestent que les élections se sont déroulées le dimanche 28 décembre.
Par Raoul LAKOLA
