Faux, la Minusca n’est pas complice de maltraitance des agents de croisement

Le mars 31, 2023
par Centrafrique Check
Lutte contre la désinformation

Le 12 mars 2023, un compte Facebook dénommé « Sango Ti Bé-africa » a publié un message accusant la MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique) d’être complice de mauvais traitements infligés aux agents de sécurité employés par la société privée Croisement. La publication, largement relayée sur les réseaux sociaux, affirmait que la mission onusienne cautionnent des abus contre ces travailleurs.

La publication allait jusqu’à déclarer : « La MINUSCA serait complice du mauvais traitement des agents de sécurité de Croisement. »

Cependant, après enquête et recoupement des informations auprès des parties concernées, il apparaît que cette affirmation est totalement infondée et qu’elle s’inscrit dans une campagne de désinformation visant à ternir l’image de la mission onusienne en Centrafrique.

Les démentis des responsables de la MINUSCA

Le 16 mars 2023, Vladimir Monteiro, porte-parole de la MINUSCA, a réagi via WhatsApp. Sa réponse est claire : « C’est faux. Il s’agit d’une manipulation et d’une tentative de désinformation. Cette rumeur fait partie d’attaques répétées contre la MINUSCA, qui visent à affaiblir la confiance des populations envers notre mission. »

Du côté de la communication de la mission, Guy Karima, l’un des porte-paroles contacté par l’AFC, a également rejeté toute implication de la MINUSCA dans cette affaire. Il a rappelé que les relations contractuelles sont strictement définies : « Les agents de sécurité mentionnés dans la publication ne sont pas liés à la MINUSCA par un contrat de travail. Ils sont exclusivement employés par la société privée Croisement, qui est de droit national. Il est donc erroné et malhonnête d’associer la MINUSCA à des accusations de mauvais traitement de la part d’un employeur privé, d’autant que la MINUSCA n’a enregistré aucune plainte officielle en ce sens. »

Ces précisions montrent que la mission des Nations Unies en Centrafrique n’a aucun rôle direct dans la gestion ou le traitement du personnel de sécurité employé par ses prestataires. 

Pour aller plus loin, l’AFC a interrogé la direction de la société Croisement. Wongo Rachel, assistante de direction, a tenu à apporter un éclairage :« Notre société est effectivement liée à la MINUSCA par un contrat de prestation de services de sécurité. Mais, jusqu’à présent, aucun cas de maltraitance n’a été signalé parmi nos employés en rapport avec ce partenariat. Toute la gestion interne du personnel relève exclusivement de notre entreprise. »

Ainsi, même du côté de la société prestataire, aucune preuve ne vient étayer les accusations diffusées par la page Facebook.

Pour compléter cette vérification, la voix d’un agent concerné a également été recueillie. Nguessa Bougos, employé de la société Croisement, a reconnu l’existence de certaines difficultés internes, mais a clairement démenti l’implication de la MINUSCA : « Ce qui lie la MINUSCA et Croisement, c’est uniquement un contrat de prestation. Mais la gestion du personnel, les salaires et les conditions de travail sont entièrement du ressort de la société Croisement. Ce sont là que se trouvent nos difficultés et nos plaintes. La MINUSCA n’a aucune responsabilité dans ces problèmes. »

Ce témoignage confirme que les accusations portées contre la mission onusienne sont sans fondement et reposent sur une confusion volontaire ou non entre une organisation internationale et une société privée de droit local.

Il est important de souligner que cette publication intervient dans un contexte particulier : le renouvellement du mandat de la MINUSCA par le Conseil de sécurité des Nations Unies, prolongé d’un an. Dans ce climat, certaines campagnes de désinformation circulent pour fragiliser la légitimité de la mission onusienne auprès des populations locales.

La MINUSCA, présente en République centrafricaine depuis 2014, a pour mandat principal de protéger les civils, appuyer le processus politique, contribuer à la réforme du secteur de la sécurité, et soutenir le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants. Elle emploie des milliers de personnels civils, policiers et militaires venus de divers pays contributeurs.

Dans ce cadre, elle recourt parfois à des prestataires privés pour assurer certains services, notamment la sécurité de ses installations. Mais cela ne signifie pas qu’elle gère directement le personnel employé par ces sociétés. La confusion entretenue par certains acteurs vise probablement à affaiblir la crédibilité de la mission et à créer un climat de méfiance entre elle et les citoyens centrafricains. 

Conclusion

Après vérification minutieuse auprès de la MINUSCA, de la société Croisement et même d’agents directement concernés, il est établi que l’information relayée par le compte Facebook « Sango Ti Bé-africa » est fausse. La MINUSCA n’est pas impliquée dans de prétendus mauvais traitements infligés aux agents de sécurité.

Les responsabilités relèvent exclusivement de la société privée Croisement, qui gère de manière indépendante ses employés. Aucune preuve ne permet de soutenir l’accusation selon laquelle la mission onusienne cautionnerait ou participerait à de tels actes.

Cette affaire rappelle une fois encore l’importance de vérifier les informations diffusées sur les réseaux sociaux, en particulier lorsqu’elles concernent des institutions internationales. Les fausses nouvelles peuvent semer la confusion, créer des tensions inutiles et miner la confiance entre les citoyens et les acteurs de la paix.