Élections 2025 en Centrafrique : entre attentes citoyennes et défis de transparence

Le octobre 21, 2025
par Centrafrique Check

À l’approche des élections groupées prévues pour le mois de décembre 2025, la République centrafricaine aborde une étape décisive de son calendrier électoral. Cette période marque le passage d’une phase préparatoire à une dynamique plus concrète du processus électoral, symbolisée par la publication de la liste provisoire des candidats à l’élection présidentielle. Cet acte officiel représente bien plus qu’une simple formalité administrative : il constitue le véritable coup d’envoi d’un cycle électoral dont les enjeux politiques, sociaux et institutionnels sont majeurs pour l’avenir du pays.

La mise en route de ce processus s’accompagne d’une vigilance accrue de la part des citoyens, des observateurs nationaux et internationaux, ainsi que des différentes parties prenantes impliquées dans la consolidation de la démocratie centrafricaine. 

Dans ce contexte, les attentes de la population sont particulièrement fortes. Beaucoup espèrent que ces scrutins permettront non seulement de renforcer la légitimité des institutions, mais aussi de consolider la stabilité politique du pays. Les différentes étapes à venir, campagne électorale, vote, dépouillement et proclamation des résultats feront donc l’objet d’une attention particulière, tant de la part des autorités que de la société civile, soucieuses de garantir un processus crédible et inclusif.

Une étape décisive franchie : publication de la liste provisoire des candidats

D’après  la  note publiée ce 12 octobre par l’Autorité nationale des élections (ANE), dix candidats dont le président sortant, Faustin Archange Touadéra ont été enregistrés à l’issue de la période de dépôt des dossiers pour les élections présidentielles, législatives, régionales et municipales prévues en décembre 2025. Cette annonce constitue une étape cruciale du processus électoral. Elle fait état de dix candidatures provisoirement retenues, dominées par des acteurs politiques bien connus de la scène nationale.

L’actuel chef de l’État, Faustin Archange Touadéra, figure parmi les prétendants, aux côtés de personnalités issues de la société civile et de partis politiques historiques. Cette diversité de profils laisse présager une campagne électorale animée et compétitive. Ce moment permet d’évaluer les tendances politiques actuelles, de suivre les stratégies d’alliances et d’observer les premières mobilisations citoyennes et médiatiques. Cette étape illustre également la volonté de l’ANE de respecter scrupuleusement le calendrier électoral.

Une étape déterminante vers une plus grande transparence électorale

La publication de la liste électorale définitive, comprenant 2 398 158 électeurs inscrits, marque une avancée majeure dans la structuration du processus électoral national. Cependant, malgré ces progrès notables, la confiance du public demeure fragile. Des défis subsistent, notamment le respect des délais légaux, la gestion équitable des recours et l’accès équilibré à l’information électorale.

Lors de la  conférence de presse tenue le vendredi 17 octobre 2025, le porte-parole par intérim de l’ANE, Victorien Yama, a dressé un bilan d’étape du processus électoral, en répondant aux nombreuses questions des journalistes, parmi lesquels une équipe de Centrafrique Check.

Dépôt des candidatures et respect des délais

Selon Victorien Yama, la période de dépôt des candidatures s’est déroulée du 2 au 11 octobre 2025, conformément au calendrier électoral. Il a toutefois précisé que certaines régions, ayant reçu leurs formulaires de candidature avec retard, ont bénéficié d’un délai supplémentaire pour se conformer aux exigences du processus. Durant ces dix jours, des bureaux de réception des candidatures ont été installés et rendus opérationnels sur l’ensemble du territoire national, garantissant une meilleure accessibilité et une participation plus large.

Candidatures à la magistrature suprême

Le porte-parole a également indiqué que dix candidats se sont officiellement présentés à l’élection présidentielle dans les délais impartis. Il a toutefois regretté l’absence de candidature féminine, soulignant la nécessité de renforcer l’engagement politique des femmes. Les dossiers déposés ont été transmis au Conseil constitutionnel, seule instance habilitée à valider les candidatures à la présidence.

Données sur les élections législatives

En ce qui concerne les élections législatives, 717 dossiers ont été enregistrés à travers le pays, un chiffre inférieur à celui de 2020 où 1 572 candidatures avaient été déposées. Parmi les candidats actuels, on dénombre 635 hommes (88,54 %) et 82 femmes (11,45 %). Bien que la participation féminine reste faible, M. Yama estime que ces chiffres témoignent d’une implication notable des partis politiques et des candidats indépendants, traduisant un engagement démocratique constant malgré les contraintes.

Élections régionales et municipales

Les données recueillies dans les circonscriptions de Bangui, Bimbo et Bégoua révèlent 23 candidatures régionales (dont 11 hommes et 9 femmes).
Pour les élections municipales, organisées au scrutin de liste, 58 candidatures ont été enregistrées, comprenant 43 hommes et 15 femmes, ainsi que la participation de 391 policiers.
Il a toutefois été précisé qu’aucune candidature locale n’a été enregistrée dans les 3ᵉ et 8ᵉ arrondissements de Bangui, un constat qui interroge sur la mobilisation politique dans certaines zones de la capitale.

Les données agrégées selon Victorien Yama montrent au total 23 titulaires (14 hommes et 9 femmes) et 23 suppléants (16 hommes et 7 femmes), confirmant un déséquilibre persistant entre les sexes, mais également une volonté de participation citoyenne à différents niveaux de responsabilité.

Les dossiers provenant des provinces continuent d’être transmis au siège de l’ANE par les coordinations locales. Ce processus de centralisation se déroule conformément aux procédures en vigueur. L’ANE s’est engagée à publier un bilan complet dès la consolidation définitive des données. À ce jour, elle a déjà entamé la transmission des dossiers au Conseil constitutionnel pour la présidentielle, et aux tribunaux administratifs pour les élections législatives et locales.

Vers la publication des listes définitives

La liste pour les quatre scrutins sera publiée prochainement, suivie d’une période de contentieux durant laquelle les recours pourront être déposés.

À l’issue de cette période, le Conseil constitutionnel et les tribunaux administratifs publieront les listes définitives des candidats, qui seront ensuite transmises à l’ANE pour la confection des bulletins électoraux. Les principales réclamations concernent les retards de dépôt de candidatures, certains partis ayant demandé une dérogation, ainsi que des difficultés liées au paiement des cautions.

La désinformation, un danger persistant pour la démocratie

 Dans un environnement régional vulnérable, les rumeurs, manipulations et campagnes de désinformation menacent de compromettre le débat public. Des allégations de manipulation circulent déjà massivement sur les réseaux sociaux. Le processus électoral de 2025 est engagé, mais sa légitimité sera conditionnée par l’aptitude des institutions à examiner les contestations avec équité et à maintenir une communication transparente. L’Autorité nationale électorale, la société civile et les médias jouent donc un rôle fondamental dans la lutte contre la désinformation afin d’assurer un scrutin légitime et pacifique. Les médias, plateformes numériques et organisations civiles devront faire preuve d’une vigilance accrue pour préserver un écosystème informationnel intègre.

Face à ces défis, la promotion d’une information vérifiée, accessible et objective devient une responsabilité collective. La participation citoyenne ne peut s’épanouir sans un fondement factuel solide. La publication des listes électorales provisoires marque officiellement le début d’une période électorale qui s’annonce dynamique. Entre candidats chevronnés et nouveaux indépendants en quête de reconnaissance, les étapes à venir seront déterminantes pour la mobilisation des électeurs.

La réussite des élections de 2025 dépendra essentiellement de la capacité institutionnelle à garantir transparence, équité et communication proactive à chaque phase du processus. Citoyens, médias et observateurs, tant nationaux qu’internationaux, doivent exercer une influence déterminante pour contrer la désinformation et consolider la confiance collective. Dans ce contexte, un journalisme méthodique et factuel demeure plus que jamais indispensable.

Par Jimmy LAKOLA