Une alerte arborant le logo de l’Organisation des Nations Unies circule ainsi depuis le 3 novembre dans différents groupes WhatsApp en République centrafricaine. Le message, intitulé « Trafic d’organes : alerte des Nations Unies », est accompagné d’un commentaire de l’internaute qui l’a relayé : « Vu quelque part sur le net. Je n’ai pas eu le temps de vérifier l’authenticité du message mais c’est un message à prendre au sérieux, surtout pour ceux qui rêvent de facilité à l’extérieur. »
Le texte affirme que le marché noir des organes humains serait en plein essor au Moyen-Orient et indique que certaines familles n’auraient pas pu retrouver leurs proches. Il se conclut par un appel à partager l’information pour « sauver des vies ».

Cependant, à l’issue de plusieurs démarches de vérification, Centrafrique Check confirme que cette prétendue alerte est totalement infondée. Ce message, qui circule déjà depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, n’a aucun lien avec les Nations Unies, lesquelles ne sont pas à l’origine de ce communiqué.
Ce communiqué provient-il réellement des Nations Unies ?
Pour clarifier l’origine du document en question, une vérification officielle a été menée auprès de la mission des Nations Unies en République centrafricaine. Dans ce cadre, Florence Marshall, porte-parole de la mission onusienne dans le pays, a été sollicitée.
Interviewée le 4 novembre 2025, elle a été invitée à se prononcer avec précision sur le contenu, la forme et, surtout, l’authenticité potentielle du message.
Dans sa réponse, Florence Marshall a souligné que, selon elle, « le document circulant sur les réseaux sociaux ne respecte en rien les standards des communications officielles de l’ONU et n’a jamais été produit, validé ni diffusé par la mission ou par une quelconque agence onusienne ».
Elle a qualifié cette publication de « tentative manifeste d’usurpation d’identité », c’est-à-dire d’une utilisation frauduleuse du nom, du logo et de l’autorité institutionnelle des Nations Unies afin de donner une apparence de crédibilité à un contenu mensonger.
Cette mise au point officielle confirme sans équivoque que le communiqué en circulation est un faux, construit dans le but d’induire en erreur et de manipuler l’opinion. Aucune branche de l’ONU n’est associée de près ou de loin à cette prétendue alerte, qui relève davantage d’une désinformation virale que d’une communication institutionnelle.
Analyse du document
Le document présenté comme une « alerte des Nations Unies » au sujet d’un prétendu trafic d’organes n’a rien d’officiel : il s’agit d’un faux message qui circule largement depuis 2021 sur Facebook ainsi que dans de nombreux groupes WhatsApp en Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Plusieurs plateformes de vérification reconnues, dont AFP Factuel et PesaCheck, ont déjà analysé et démontré l’absence totale d’authenticité de ce texte, en expliquant qu’il ne provient ni des Nations Unies, ni d’aucune agence spécialisée dans la lutte contre la traite des personnes.
Une lecture attentive du document suffit d’ailleurs pour constater qu’il ne respecte en rien les standards de communication utilisés par le Bureau de lutte contre la drogue et la criminalité des Nations Unis. Les communiqués de presse officiels sur le site de l’organisation obéissent à une structure très stricte : ils comportent une date, les coordonnées du service de presse en bas, une mise en page réglementée et un style rédactionnel institutionnel. Le message en circulation ne présente aucun de ces éléments. Il se présente sous une forme rudimentaire, comparable à un simple message de réseau social, ce qui exclut immédiatement toute origine officielle.
Le logo des Nations Unies, apposé en haut du message, est également utilisé de manière frauduleuse. Il est mal aligné, mal intégré et n’est associé à aucune mention d’agence, alors que les véritables documents de l’ONU précisent toujours l’entité responsable: Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC), Organisation Mondiale de la Santé (OMS),l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), etc..
Le contenu du texte est tout aussi problématique. Les chiffres attribués au coût des organes humains, un rein à 262 000 dollars, un cœur à 119 000 dollars, un foie à 157 000 dollars, sont totalement inventés. L’ONU ne publie jamais de listes de prix concernant le marché noir, pour des raisons évidentes : de telles informations sont impossibles à vérifier de manière fiable et leur diffusion serait contraire aux pratiques de communication officielles. De plus, l’ajout de conversions en francs CFA montre que le message a été spécialement fabriqué pour un public africain francophone, preuve supplémentaire qu’il ne s’agit pas d’une communication internationale de l’ONU.
Le ton du document trahit également son manque d’authenticité. Il est rédigé de manière alarmiste, dramatique, et vise à provoquer la peur. Les formules employées, les récits d’agences qui feraient voyager des victimes pour « récupérer toutes les parties précieuses de leur corps », ainsi que l’appel final à « partager pour sauver des vies », sont typiques des messages manipulatoires conçus pour se propager rapidement sur des plateformes comme WhatsApp. Les institutions internationales, et l’ONU en particulier, n’utilisent jamais ce type de langage. Leur style rédactionnel est neutre, factuel, précis et dépourvu de toute dramatisation.
Les erreurs de syntaxe, les incohérences dans la formulation et les approximations nombreuses montrent clairement qu’il ne s’agit pas d’un texte rédigé par une organisation maîtrisant les normes internationales de rédaction. Les véritables communiqués de l’ONU sont rédigés et relus par des professionnels, traduits par des équipes spécialisées et ne comportent jamais de telles maladresses.
Verdict:
En définitive, ce document n’est qu’une fausse alerte, déjà démontée à plusieurs reprises depuis 2021 par des organismes de vérification reconnus comme AFP Factuel et PesaCheck. Il ne provient d’aucune agence onusienne et ne repose sur aucune information crédible. Il est important de rappeler qu’avant de partager ce type de message, il faut consulter les sources officielles ou les plateformes de fact-checking, afin de ne pas contribuer à la diffusion de fausses informations susceptibles de créer la panique ou d’alimenter des rumeurs infondées.
Par Hillary BOYO
