Le lundi 29 septembre 2025, aux premières heures de la matinée, une pirogue assurant la liaison entre le village de Mpoko-Nzala et le quartier 100 Logements, au nord de Bangui, a chaviré sur la rivière Mpoko. Le drame a provoqué la disparition d’au moins trois personnes, dont deux enfants. Les habitants du village, rejoints par les autorités locales, ont lancé immédiatement des opérations de recherche pour tenter de retrouver les disparus. Les premiers éléments recueillis sur place pointent une surcharge comme cause probable de l’accident. Les autorités locales ont confirmé ces informations, précisant que les recherches se poursuivent pour repêcher les corps et établir les circonstances exactes du naufrage.
Entre-temps, le 29 septembre 2025, le site d’information Le Journal de Bangui a publié un article relatant la tragédie survenue à Mpoko-Nzala, près de Bangui. Dans sa publication, le média centrafricain évoquait le chavirement d’une pirogue transportant des passagers et des marchandises sur la rivière Mpoko, un incident qui a causé la disparition de plusieurs personnes, dont deux enfants. L’article, rapidement relayé sur les réseaux sociaux, notamment par la page Facebook « 236 News », a suscité une forte émotion. Cependant, bien que le naufrage ait effectivement eu lieu, la photo utilisée pour illustrer l’article s’est révélée totalement étrangère à la République centrafricaine.

Vérification:
Une image issue d’un naufrage survenu en Ouganda en 2018
Afin d’identifier l’origine exacte du cliché, Centrafrique Check a eu recours à plusieurs outils de recherche d’images inversées, dont Google Lens, Yandex et Reverse Image Search. Les résultats convergent : la photo correspond à un naufrage survenu le 24 novembre 2018 en Ouganda, sur le lac Victoria.
À cette date, un bateau connu sous le nom de MV Templar, transportant plus de 100 passagers, avait sombré alors qu’il se dirigeait vers une fête privée organisée sur l’autre rive du lac. L’incident avait provoqué la mort de plus de 30 personnes et suscité une vive émotion dans tout le pays.
Selon le rapport de la police ougandaise, relayé par les médias locaux, le navire avait quitté la plage de KK à Gaba vers 14h en direction de K-Palm Beach, un trajet d’environ 17 milles marins. Mais à mi-chemin, le bateau, déjà en surcharge, a chaviré dans une zone d’environ 4,9 mètres de profondeur, à près de 150 mètres des berges.
La même photo du naufrage avait été publiée le 29 novembre 2018 à 16h22 sur le compte X (anciennement Twitter) de la police ougandaise, accompagnée d’informations officielles sur l’accident.
Un article du journal The Observer, intitulé « Le bateau tueur enfin récupéré », publié le même jour, confirmait que les marines ougandaises tentaient de remonter les restes du navire et les dépouilles piégées sous l’eau. Ces opérations se faisaient sous le regard des habitants et des journalistes, en raison de l’état avancé de décomposition des corps.
Une photo utilisée à plusieurs reprises depuis 2018
Cette photo a connu une longue circulation en ligne depuis sa première publication.
En août 2023, elle a de nouveau été utilisée par Al Jazeera pour illustrer un autre naufrage tragique survenu sur le lac Victoria, ayant coûté la vie à une vingtaine de personnes. Là encore, la photo servait d’illustration symbolique, sans rapport direct avec le nouvel accident.
Cette réutilisation fréquente du même cliché dans différents contextes a contribué à entretenir la confusion sur les réseaux sociaux. Ainsi, lorsqu’elle a été reprise par « 236 News » en septembre 2025, beaucoup d’internautes ont cru qu’il s’agissait d’une image authentique du drame survenu à Mpoko-Nzala.
Pourtant, les éléments visuels, la forme du bateau, les tenues des passagers, et même la végétation en arrière-plan ne correspondent pas à l’environnement fluvial centrafricain.
Témoignage d’un habitant de Mpoko-Nzala
Pour confirmer les faits sur le terrain, Centrafrique Check a interrogé plusieurs témoins oculaires de l’accident de Mpoko-Nzala.
Parmi eux, Jean-Claude Marius Ganamogna, qui se trouvait près du point d’embarquement le jour du drame :
« La pirogue partait de Mpoko-Nzala pour rejoindre le quartier 100 Logements. Elle transportait une dizaine de personnes et beaucoup de marchandises. J’ai vu que le bateau était très chargé, il penchait déjà avant même de partir. Peu de temps après son départ, il a chaviré. Trois personnes, dont deux enfants, ont disparu dans l’eau. Je pense sincèrement que la surcharge est la principale cause du naufrage. »
Ce témoignage corrobore les informations fournies par les autorités locales et renforce la crédibilité du rapport publié par Centrafrique Check.
Une leçon sur la vigilance numérique
Ce cas illustre la nécessité de vérifier systématiquement les images diffusées sur les réseaux sociaux, surtout lors d’événements sensibles ou tragiques.
Les outils de recherche inversée permettent aujourd’hui de retracer facilement l’origine d’un visuel, de vérifier s’il a déjà été publié, et dans quel contexte. Leur utilisation est essentielle pour éviter la propagation de fausses informations.
Dans le cas présent, l’information publié par le journal de Bangui et relayée par la page « 236 News », en donnant l’impression que la photo représentait l’accident de Mpoko-Nzala, alors qu’elle illustrerait un drame étranger vieux de plusieurs années.
Conclusion
L’analyse menée par Centrafrique Check prouve que la photo du prétendu naufrage de Mpoko-Nzala diffusée par le journal de Bangui n’est pas authentique.
Il s’agit en réalité d’une image capturée en Ouganda le 24 novembre 2018, lors du naufrage du MV Templar, publiée initialement par un média de la police ougandaise. Bien qu’un véritable accident ait bien eu lieu sur la rivière Mpoko, la photo utilisée pour l’illustrer a été sortie de son contexte, ce qui en fait un cas typique de désinformation visuelle.
Cette vérification rappelle l’importance de la vérification des faits et de la prudence face aux publications virales, surtout dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la diffusion de l’information.
Par Hillary Boyo
