Le 17 mai, Kerembessé Govosango a publié sur Facebook un message affirmant : « Ngaragba news en temps réel. Surpopulation carcérale et conditions de vie inhumaines des détenus au centre de détention de Ngaragba. » Cette publication est rapidement devenue virale sur le réseau social Facebook, récoltant 214 mentions « j’aime », 98 commentaires et 22 partages.
Cependant, après de nombreuses vérifications menées sur le terrain par l’équipe de Centrafrique Check auprès des autorités judiciaires et pénitentiaires, il s’est avéré que cette information était totalement infondée. De plus, l’image utilisée ne représente pas le centre de détention de Ngaragba.

Vérification approfondie :
Afin de vérifier l’authenticité de cette publication, Centrafrique Check a pris contact avec les autorités judiciaires compétentes et a recueilli les témoignages de plusieurs agents pénitentiaires en poste à la maison d’arrêt de Ngaragba.
Lors d’un entretien accordé à Centrafrique Check, Alfred Ndakala, directeur général adjoint des services pénitentiaires, a formellement démenti l’information, en la qualifiant de fausse et dénuée de fondement : « Cette information est fausse. J’envoie régulièrement des équipes à la maison d’arrêt de Ngaragba, souvent accompagnées de représentants des droits de l’homme, afin d’évaluer les conditions de vie des détenus. »
De son côté, Roland Ndomete, directeur administratif pénitentiaire, interrogé à ce sujet, a déclaré : « Il s’agit d’une fausse information. La maison d’arrêt de Ngaragba a été réhabilitée et est désormais bien structurée. Les détenus y vivent dans des conditions acceptables pour purger leur peine conformément à la loi. »
Selon Pépin-Cyr Nangboa, régisseur adjoint, « l’information est infondée. À la maison d’arrêt de Ngaragba, des équipes de surveillance sont en place, notamment les assistants pénitentiaires ainsi que des agents des Nations Unies qui apportent leur soutien. »
Par ailleurs, la direction de la sécurité du centre pénitentiaire précise que l’usage de moustiquaires imprégnées y est strictement interdit, afin de prévenir d’éventuels actes malveillants à l’intérieur de l’établissement.
Interrogé par Centrafrique Check, Alban Kossi, chef de la sécurité de la prison de Ngaragba, a catégoriquement rejeté la véracité de cette information ainsi que l’authenticité de la photo diffusée.
Il explique : « C’est une fausse information. J’ai vu l’image montrant des moustiquaires suspendues dans une cellule. Or, à Ngaragba, leur utilisation est interdite, car les détenus pourraient s’en servir pour se suicider ou agresser d’autres prisonniers. »
Analyse de la photo :
Pour évaluer l’authenticité de la photo diffusée sur les réseaux sociaux, une recherche d’image inversée a été effectuée à l’aide d’outils spécialisés tels que Reverse Image Search, Yandex et Google Lens. Cependant, ces vérifications n’ont révélé aucune correspondance exacte ni résultat concluant, malgré plusieurs tentatives approfondies.
Dans le cadre de cette vérification, notre équipe s’est également rendue sur place à deux reprises, les mercredi 28 et jeudi 29 mai 2025 à 10 heures, à la maison d’arrêt de Ngaragba. Plusieurs éléments relevés sur le terrain remettent en cause la crédibilité de la photo en question.
En effet, au cours de notre mission d’observation, nous avons pu constater que la maison carcérale de Ngaragba a bénéficié d’importants travaux de réhabilitation en 2014, réalisés grâce au soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca). Par la suite, en 2025, la prison a été dotée de quatre nouveaux bâtiments entièrement équipés, comme l’ont confirmé les autorités judiciaires. Toutefois, pour des raisons de sécurité, nous n’avons pas été en mesure de prendre des photos de la prison.
Un autre élément vient remettre en cause la crédibilité de la photo circulant sur les réseaux sociaux : les couleurs et les peintures visibles sur les murs de cette image ne correspondent aucunement à celles actuellement observables dans la prison, ce qui soulève de sérieux doutes quant à son authenticité.
Dans le cadre de notre mission de terrain, un autre indice important a été relevé : l’absence totale de moustiquaires imprégnées dans les cellules du centre de détention de Ngaragba. Cette observation vient renforcer les informations recueillies sur les conditions de vie précaires des détenus au sein de cet établissement pénitentiaire.
En ce qui concerne la véracité de la photo diffusée dans la publication en question, l’auteur l’a présentée comme une illustration fidèle de la situation actuelle des prisonniers à Ngaragba.
Toutefois, après une analyse approfondie menée par l’équipe de Centrafrique Check, et à la lumière des témoignages croisés recueillis auprès de plusieurs sources, notamment les autorités judiciaires et des agents en service dans cette prison, de sérieux doutes ont été soulevés quant à l’authenticité de cette photo. En effet, selon ces différentes sources, la photo en question ne daterait pas du mois de mai 2025, contrairement à ce qui est affirmé dans la publication.
Le contexte qu’elle semble illustrer ne correspond aucunement à la réalité actuelle observée sur place. Ces éléments tendent donc à démontrer que l’image a été sortie de son contexte d’origine ou utilisée de manière à induire en erreur le public quant aux conditions actuelles de détention à Ngaragba.
Verdict :
En définitive, l’information publiée sur Facebook le 17 mai s’avère totalement infondée. Cette publication prétendait dénoncer une situation de surpopulation extrême et des conditions de vie inhumaines au sein du centre de détention de Ngaragba, s’appuyant notamment sur une photographie censée illustrer cette réalité. Cependant, après plusieurs étapes de vérification menées par l’équipe de Centrafrique Check, il a été établi que cette photo ne reflète en rien la situation actuelle de cette prison.
De plus, les autorités judiciaires ainsi que les responsables pénitentiaires interrogés dans le cadre de cette vérification ont formellement démenti l’authenticité de cette photo. Selon leurs déclarations concordantes, l’image ne correspond pas à l’environnement actuel du centre de détention de Ngaragba et n’a en aucun cas été prise en 2025. Ces constats permettent donc d’affirmer avec certitude que la publication repose sur une manipulation de l’information.
Romaric Bealoum, Stagiaire
