En République Centrafricaine, à l’approche des élections locales et générales de 2025, conformément au calendrier établi par l’Autorité nationale des élections, la montée en puissance de la désinformation et de discours de haine représente une menace majeure pour la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble, piliers essentiels de la démocratie. Depuis son accession à la souveraineté internationale, le pays n’a pas organisé d’élections locales depuis 1988. Ces échéances, à la fois historiques et cruciales, constituent un terreau fertile pour la prolifération de fausses informations et d’affirmations non vérifiées, susceptibles d’attiser les tensions politiques et d’avoir des répercussions sociales sur la jeune démocratie centrafricaine.

La méfiance grandissante envers certains médias traditionnels, couplée à l’essor des réseaux sociaux, a profondément transformé le paysage de l’information. Avec leur popularité croissante, ces nouvelles plateformes facilitent la diffusion rapide d’informations, mais aussi la propagation de contenus non vérifiés, influençant négativement l’opinion publique. Malgré l’absence de données précises sur le nombre d’utilisateurs de WhatsApp en RCA, cette plateforme est devenue un canal central de partage d’informations. Si elle permet de contourner les médias traditionnels tels que la presse et la radio, elle favorise également la circulation massive de fausses informations et de rumeurs, notamment au sein de groupes fermés réunissant des professionnels des médias, des acteurs communautaires et politiques, ainsi que des leaders de la société civile, y compris des femmes et des jeunes.
Aujourd’hui, les plateformes numériques des réseaux sociaux sont utilisées pour diffuser intentionnellement et volontairement de la désinformation, susciter les divisions sociales et toucher le plus de monde possible, telle est la finalité des propagateurs. Cette diffusion est amplifiée par l’utilisation par les médias traditionnels et les médias sociaux numériques qui se transposant en ligne , des informations circulant sur les réseaux sociaux et la persistance de la culture journalistique du « scoop », sapent les efforts de la vérification des faits.
Dans ce contexte, cette analyse sur l’écosystème de la désinformation avant la période électorale vise à comprendre les éléments instigateurs de la montée exponentielle de la désinformation, les rumeurs et discours haineux en Centrafrique durant les processus électoraux. Elle vise plus particulièrement à examiner la dynamique de la consommation et du partage de fausses informations en ligne, notamment sur les groupes WhatsApp.
Les facteurs de la propagation de la désinformation
D’après notre observation continue et une lecture minutieuse de l’espace public numérique, la désinformation et les affirmations non vérifiées en République Centrafricaine est favorisée par divers facteurs dynamiques, combinant des éléments sociaux économiques et politiques, et des facteurs purement technologiques. Parmi ceux-ci les plus déterminants, nous pouvons citer :
La faiblesse des institutions médiatiques et la précarité financière du métier
Les organes de presse et autres institutions médiatiques en Centrafrique évoluent dans la précarité et le manque de moyens en raison d’un modèle économique difficile et d’un accès aux ressources ou des subventions très limité. Cette situation les expose à des influences multiples, notamment en présence de certains intérêts politiques ou économiques, et remet en cause leur indépendance. Par ailleurs, d’autres difficultés à relever sont relatives à l’applicabilité avec force exécutoire de la législation en vigueur notamment, de la loi 20-27 relative à la liberté de communication en République Centrafricaine, adoptée par le parlement depuis le 30 novembre 2020, qui n’attende que sa promulgation, qui renforce le code de l’éthique et de déontologie. Le Haut Conseil de la communication, organe régulateur des médias rencontre d’innombrable défis sur le plan logistique, des moyens modernes de la dernière génération pour renforcer son système de monitoring. Ces difficultés renforcent un environnement où la désinformation se propage en puissance, évolue de façon vertigineuse.
Les tensions politiques autres facteurs dynamiques de la propagation de la désinformation et des affirmations non vérifiées à l’approche des élections locales et générales
Les tensions politiques en République Centrafricaine à l’approche des élections locales et générales peuvent favoriser un climat dans lequel la vérité est souvent sacrifiée au profit des opinions partisanes. L’information peut alors être manipulée pour servir des intérêts politiques. Les tensions ethniques sont parfois exploitées pour diffuser délibérément des informations trompeuses dans le but de susciter la peur, la méfiance et la division entre les différentes communautés. L’objectif final est de créer une opinion publique favorable à la cause défendue, soit de manipuler l’opinion publique. Ces derniers temps, en RCA, ces tensions politiques ont favorisé la diffusion des vidéos ou images qui sortent de leur contexte.
L’utilisation accrue des réseaux sociaux
La popularité des réseaux sociaux auprès du public centrafricain a facilité le partage rapide d’informations, mais cela a également permis la diffusion de la désinformation, de la mésinformation et des discours haineux, notamment à l’approche des échéances électorales. Les plateformes de réseaux sociaux sont utilisées en Centrafrique non seulement pour diffuser intentionnellement des fausses nouvelles, de la désinformation, mais surtout exploiter les divisions sociales et atteindre un public plus large.

Cette propagation est amplifiée par la reprise et la diffusion, par certains médias traditionnels ou les médias sociaux numériques, de certaines informations qui circulent sur les plateformes des réseaux sociaux, et par la culture journalistique du « scoop ».
L’influence extérieure
En République Centrafricaine, des acteurs étrangers jouent également un rôle important et non négligeable dans la propagation des fausses informations et des rumeurs. En effet, dans le contexte actuel des processus électoraux, l’on assiste à une recrudescence et le flux des informations erronées qui sont partagés par des sites d’information et des pages Facebook, encore moins sur WhatsApp dont leur provenance est issue des acteurs qui à l’extérieur du pays, en favorisant la culture de la manipulation de l’information, et la propagande pour influencer la situation politique et sociale en République Centrafricaine. Cela peut se manifester par des campagnes de désinformation en ligne ou d’actions plus subtiles venant des acteurs possédant des intérêts divers dans le pays.
Le taux d’alphabétisation accru
L’un des facteurs culminant à la montée en puissance de la désinformation dans l’écosystème des médias et de l’espace public des réseaux sociaux se traduit par le taux exorbitant l’analphabétisme. En Centrafrique, dans interview réalisée par radio Guira Fm des Nations Unies, avec le ministre de l’éducation nationale , à l’occasion de la journée mondiale de l’alphabétisation, Aurélien Simplice Zingas, ministre de l’Education nationale, a souligné que selon les dernières statistiques, 67% de la population centrafricaine était analphabètes. Un taux qui grimpe encore plus du côté des femmes. Cette situation ne favorise pas le développement d’un esprit critique et rend par ailleurs les individus plus susceptibles de croire et de propager des informations non vérifiées sans utiliser les réflexes de base.
Dans un tel contexte, la lutte contre la désinformation et la pollution de l’information surtout à l’approche des élections locales et générale, exige une approche globale, impliquant l’amélioration des institutions médiatiques, la promotion de l’éducation aux médias et à l’information dans les établissements et Universités, la réglementation des réseaux sociaux et la sensibilisation de la population. La mise en place de mécanismes de vérification des faits et la promotion de la transparence sont également des éléments clés pour contrer ce phénomène.
